| jeudi 19 avril 2007, a 06:10 |
| A la pêche aux requins, les chiens servent d'appâts vivants |
Pour la première fois à la Réunion, un homme a été condamné pour cette pratique.
«En Martinique,
il y a le problème d'immolation des chiens. A la Réunion, c'est la
pêche aux requins. A chaque insularité sa spécificité.» Me Xavier
Bacquet, l'avocat parisien de la fondation 30 millions d'amis, est
encore loin du compte. Le département de la Réunion est victime d'une
surpopulation canine et n'a pas trouvé d'autre alternative que
d'euthanasier à la chaîne. Les chiens errent dans les rues, finissent
sous les roues des voitures (3 000 par an), dans les marmites
cuisinés en cari , empoisonnés par des agriculteurs (300 par an). Le
dernier cas en date, à l'origine d'une vive polémique, est celui d'un
chien appât.
Cloués sur des planches.
Fin juillet, un adolescent découvre un chiot dans une rivière asséchée.
L'animal a un hameçon planté dans les babines et deux autres dans les
pattes avant et arrière. La pratique est connue dans l'île. Des
pêcheurs partent en mer avec des royal-bourbon (les chiens bâtards),
ils leur plantent des hameçons et les clouent sur des planches de bois.
Les gémissements des animaux et le sang qui se répand dans l'eau
attirent les squales. Les pêcheurs n'ont plus qu'à ferrer les requins.
Les associations
s'indignent et se mobilisent. Fin août, Brigitte Bardot adresse un
courrier au préfet et au ministre de l'Outre-Mer, François Baroin.
L'ex-star des sixties exige des actions coup de poing. Laurent Cayrel,
le représentant de l'Etat fraîchement débarqué à la Réunion, s'exécute
et prend un arrêté interdisant la détention de tout animal carnivore à
bord d'une embarcation. Un coup d'épée dans l'eau. Malgré les
opérations d'envergure menées au large des côtes avec hélicoptères et
renforts de la marine, aucun délit n'est constaté. Dans le même temps,
l'affaire s'ébruite en métropole. Une pétition lancée via Internet par
le magazine 30 millions d'amis recueille 70 000 signatures.
Michel Drucker et Dany Saval adoptent Chance, une chienne sauvée in
extremis d'une pêche au requin dans le sud de l'île. L'image de la
Réunion en prend un coup. Sur le web, des touristes potentiels
promettent un boycott.
Dans ce contexte, les
gendarmes finissent par coincer un suspect. Le pêcheur nie, ses
hameçons ne correspondent pas... Qu'à cela ne tienne, il sera jugé en
comparution immédiate au TGI de Saint-Denis. Jean-Claude Clain finit
par expliquer à la barre : «Il y avait un chien qui attaquait mes poules alors j'ai fait un piège avec du fil et des hameçons.»
Le pêcheur amateur n'a pas vraiment la tête de l'emploi. Père de
famille, livreur de viennoiseries, un casier vierge et une femme
enseignante... Le substitut du procureur Frédéric Almendros requiert
trois mois de prison dont un ferme. «Même si ce genre de pratique est marginal, elle jette l'opprobre sur tous les Réunionnais.»
Trois mois avec sursis. L'avocat de la défense dénonce un procès de l'hypocrisie : «Les corridas et les combats de coqs sont autorisés, et l'on veut condamner cet homme parce qu'il a voulu protéger son bien ?»
Le 30 septembre, les juges condamnent le pêcheur à trois mois de prison
avec sursis, 5 000 euros d'amende et 4 000 euros de dommages-intérêts à
verser aux quatre associations constituées parties civiles. Pour Marie,
bénévole responsable des maltraitances à la SPA de la Réunion, ce n'est
pas assez : «Il aurait dû avoir une partie ferme, il faut que les pêcheurs comprennent qu'ils peuvent être punis.»
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